Textes sur la composition

De l’Interprétation à la composition

La composition représente le prolongement de mon activité de musicien interprète qui s’est développée par l’analyse d’œuvres majeures du grand répertoire (essentiellement du XX° siècle), et ce, depuis mon enfance. (Le choc de la découverte des 5 pièces pour orchestre, OP. 16 d’A. Schoenberg à 13 ans), le Marteau sans maître de P. Boulez, la découverte du langage d’O. Messiaen par son Livre d’orgue avec Jacques Charpentier, mon professeur de composition et d’analyse.
L’interprétation est déjà une certaine forme de composition. Interpréter induit forcément une part de subjectivité, sinon nul besoin d’interprètes, un seul modèle suffit.

Composer représente pour ma part l’art ultime de la création. Et, tout comme l’interprétation, cet acte doit s’effectuer dans une grande humilité, de dévotion et de sincérité. Ayant commencé par des pièces pédagogiques, pour mes propres élèves et donc écrites « sur mesure », j’ai poursuivi en établissant mon propre vocabulaire.
Mes maîtres à penser sont nombreux : A. Schoenberg, A. Berg (Suite lyrique), A. Webern (2ème cantate) dans un premier temps, puis le I. Stravinski du Sâcre, O. Messiaen (l’ensemble de son oeuvre musicale mais aussi ses écrits théoriques). Ensuite la découverte d’E. Varèse (Je me souviens d’Arcana au CNSMDP),  K. Stockhausen (Kreuzspiel), H. Dutilleux (Ainsi la nuit, Tout un monde lointain, Timbres-espace-mouvement), G. Grisey (Partiels, Transitoires [in Les Espaces acoustiques]Vortex temporum, 4 chants pour franchir le seuil), mais aussi les minimalistes répétitifs américains (S. Reich, T. Riley, le premier P. Glass). Aussi des échos de jazz et de rock. En qualité d’interprète, les nombreux compositeurs que j’ai pu jouer : P. Hurel, P. Leroux, A. Gaussin et bien d’autres. Ce qui m’a impressionné (dans le second sens du terme) : le spectre, la spirale, la répétition, en un mot :  la transe. Celle que l’on peut retrouver dans les musiques extra-européennes, notamment. Sans jamais oublier un certain sens de la tradition qui nous permet de s’agripper à nos repères. Non pas pour se réconforter, mais plutôt afin d’asseoir des bases qui permettent de mieux s’en affranchir d’une part, et d’autre part, en établissant un langage à partir de certaines contraintes (ici, la tradition), de pouvoir laisser libre cours à son imagination toujours dictées par ses propres théories, vocabulaire, construits de jour en jour, tel l’artisan qui remet en cause ce qu’il a déjà écrit.

Depuis les années 2000, je (re)découvre les musiques électroniques, l’apport de l’ordinateur (qui ne peut remplacer les musiciens), et vice-versa, bien entendu. L’école de New York des années 1960/70, et plus récemment l’Ecole de Berlin me donne des sources d’inspirations. L’électronique n’est pas une fin en soi, je la considère plutôt comme un prolongement des instruments acoustiques ou bien comme des instruments à part entière, ce qu’ils sont, bien évidemment.

La musique peut être enfermée dans des « cases », dans des « écoles », dans des « chapelles » de pensées. Ce n’est pas mon point de vue.
La musique EST. Point.

La contrainte ? Donner tout son sens à S. Mallarmé : « Toute pensée émet un coup de dé ». Lorsque la contrainte devient très puissante, on peut alors s’en affranchir. Mais est-ce vraiment un coup de dé, alors ?

 

Les pièces à vocation pédagogique

En ce qui me concerne, une pièce à vocation pédagogique représente un acte de création axé sur un niveau d’études instrumentales et musicales bien précis. C’est la contrainte majeure du compositeur (la connaissance des instruments pour un niveau particulier).

Ensuite, permettre à l’étudiant de découvrir, non seulement des modes de jeu propres à son instrument (ce n’est pas une obligation), mais également un langage nouveau, en tout cas, des éléments structurels et musicaux qui vont éveiller sa curiosité pour lui permettre de prolonger son étude par la découverte d’autres œuvres, qu’elles soient de son époque ou bien reliées au passé, peu importe. Une pièce pédagogique n’est donc pas forcément une oeuvre écrite pour un niveau instrumental/musical de niveau peu élevé, comme on a souvent l’habitude de la cataloguer. Une oeuvre dite « majeure », ou plutôt « du répertoire »  (par opposition à « pédagogique ») peut donc très bien rejoindre une oeuvre pédagogique. Ce n’est qu’une question de point de vue.

Il me semble bien que cet acte créateur soit l’un des meilleurs exercices de composition, tant les contraintes sont nombreuses.